Gourville au XXe siècle

Nous reprenons ici quelques unes des nombreuses anecdotes que nous avons pu rassembler sur Gourville et sa Maison Forte.

La maison forte au XXe siècle, avant travaux

Les « vieux » racontent qu’au début du siècle dernier, les femmes de Gourville allaient laver leur linge au bord de l’étang de la Maison-Forte où était aménagé un lavoir, aujourd’hui disparu, au niveau de la rue de Rochefort. Il y avait également un lavoir à Prunay, qui  fut longtemps payant.

Le début du siècle a également été marqué par une mortalité infantile effrayante : la moitié des nourrissons meurt dans sa première année. Le « train des nourrices » amène à Auneau de malheureux enfants, pratiquement abandonnés par leur parents, confiés à des familles pauvres assurées ainsi d’un complément de ressources au détriment de leurs propres enfants(cf Mme Pignon).

Le viaduc de Gourville (ancienne voie ferrée Paris-Chartres)

Le viaduc de Gourville (ancienne voie ferrée Paris-Chartres)

Le début du siècle voit aussi la construction du viaduc de Gourville (1906), élément de la nouvelle voie de chemin de fer Paris-Chartres. En 1944, les bombardements américains sur les viaducs de cette ligne (en particulier à Gometz-le-Chatel), la rendent inutilisable, et c’est depuis cette date que  les trains qui relient la capitale à Chartres transitent par Versailles. Le viaduc de Gourville, lui, est resté intact. Cette voie devenue inutile a cependant été utilisée, dans les années 1970, par l’ingénieur Bertin pour les essais de son fameux aérotrain.

Jean Moulin

Jean Moulin

En avril 1943, lors de son dernier voyage en France depuis Londres, Rex (de son vrai nom Jean Moulin), a passé  une nuit  à Gourville, le temps de renouer des contacts avec un ancien collaborateur, habitant le hameau,   à l’époque où il était  préfet de  l’Eure-et-Loir à Chartres  (1939) : il cherchait, à la demande du Général De Gaulle, à créer  une entité politique opérationnelle permettant de discipliner les différents mouvements de résistance. Peu de temps après, il participa à une importante réunion qui se tint à Paris, puis il fut arrêté à Caluire. On connait la suite.

Général Patton

Général Patton

Le 17 août  1944, le général Patton délivra Esclimont (qui jouxte la terre de Gourvillle), à une époque où le colonel Guy de la Vasselais, futur maire de St Symphorien, était chef de la liaison tactique auprès de la 3e armée américaine. C’est lui (Vasselais) qui fut à l’origine des bornes de la « voie de la liberté », qui sont encore aujourd’hui, plantées le long de la RN10 au niveau de Gourville, entre autres. Il est précisé dans les documents de l’époque qu’à son retour d’ Esclimont, en allant vers Dourdan, Patton eut une grande discussion, dans un hameau retiré, avec le général Leclerc, alors que les chars attendaient sur la nationale 10. La lecture d’une carte montre que ce bourg ne  pouvait être que Gourville. Et le 24 août, les chars de Leclerc pénétraient dans Paris.

Général Leclerc

Général Leclerc

Et la Maison Forte, dans tout cela, que devint-elle ?

La pauvre avait été grandement décimée lors de la Révolution : la plupart des annexes ainsi que la chapelle St Thibault avaient été démolis, la partie principale avait été étêtée, les belles pierres avaient disparu, et la partie centrale de l’ancien château ne subsista que parce qu’il était trop difficile de la démolir entièrement. Le manoir, qui servait de maison d’hôtes aux pèlerins de passage, semble avoir mieux résisté à la fougue destructrice des révolutionnaires.

La propriété fut donc utilisée, entre la Révolution et 1960 essentiellement comme une ferme (toutes les terres du château n’avaient pas été aliénées, la maison-forte devenue ferme conserva une cinquantaine d’hectares) : ainsi la grande salle du premier étage  servait-elle  au stockage des grains, car la cave était trop humide en raison de la proximité de la première nappe phréatique. L’accès à cette salle se faisait depuis un escalier extérieur (aujourd’hui heureusement disparu), l’escalier intérieur à vis ayant été partiellement démoli.

Il n’est sans doute pas utile de lister ici les propriétaires-exploitants successifs entre 1792 et 1960. Citons la famille Noguette, qui en fut propriétaire au XIXe siècle, et qui fut amenée à s’en séparer vers la fin des années 1800 (selon M. Bonniol, arrière petit-fils de M. Noguette).

Pendant la dernière guerre, la famille Ameline était locataire de la maison forte de Gourville, et en cultivait les terres. Seul le rez-de-chaussée était habité, puisqu’on ne pouvait pas monter dans les étages depuis l’intérieur. En 1945, le jeune Ameline épousa la dame qui a aujourd’hui 86 ans, et qui habite toujours Prunay. Les habitants racontent que lorsqu’ils étaient enfants  cette dame leur enseignait le catéchisme et qu’ils étaient impressionnés quand ils entraient dans la bâtisse. La maison forte était alors la propriété d’une certaine Mme Martin, qui habitait Dijon. Vers 1950, cette dame ayant décidé de vendre la propriété, monsieur Ameline souhaita acquérir  les terres seulement. Mais comme Mme Martin ne voulait pas séparer la maison-forte des terres,  la famille Ameline  racheta  l’ensemble de la propriété, bâtiments et terres.

Vers 1960, un entrepreneur de St Arnoult en Yvelines, M. Caplain, racheta à la famille Ameline la Maison-Forte , et  construisit  en échange une belle maison neuve (sise aujourd’hui au 1, rue Noguette). L’entreprise Caplain fit de gros travaux de restauration, entreprit la démolition des bâtiments  annexes à but agricole, et transforma donc cette ferme en un vaste ensemble résidentiel,  équipé du confort moderne (chauffage central) qui fut loti et vendu à trois acquéreurs :

Georges Gorse

Georges Gorse

 

 

 

 

 

 

Georges Gorse inhumé à Prunay

Georges Gorse inhumé à Prunay

 

 

 

 

 

1. La maison forte et ses dépendances restantes  furent acquises par Monsieur et Madame Gorse.  Georges Gorse, l’un des premiers compagnons du général de Gaulle,  connut une brillante carrière politique. Il fut un expert de l’Orient  (Syrie) entre autres, ambassadeur de France en Tunisie (1957-1959), puis en Algérie (1963-1967), ministre du travail sous De Gaulle puis Pompidou (1967-1973) : des rencontres secrètes auraient eu lieu à Gourville à plusieurs reprises avec les syndicats et notamment à l’époque des accords de Grenelle en 1968. Il termina sa carrière politique comme député-maire de Boulogne-Billancourt jusqu’en 1999. Il devait décéder en 2002, et il est enterré au cimetière de Prunay (ainsi que sa fille Kriss, célèbre animatrice sur France Inter, décédée en 2009). Son amour pour l’orient se retrouve dans la cuisine et les salles de bains de la Maison Forte, qu’il a fait décorer de céramiques   rares et aujourd’hui pièces de collection. Il agrandit la propriété en faisant l’acquisition d’une partie boisée au nord du bâtiment, de sorte que la surface totale  est voisine de 5 ha. En hommage à ce grand homme, le propriétaire actuel a fait aménager la porte d’orient de la propriété en porte Orientale. La Maison Forte était pour la famille Gorse une résidence secondaire (ils habitaient Paris, dans le Ve). Georges Gorse était un homme de droite.

Haroun Tazieff

Haroun Tazieff

2. Un homme de gauche ,  le célèbre volcanologue Haroun Tazieff, fit l’acquisition du « manoir » (cette construction achevée en 1633 que les évêques de Chartres se réservèrent après avoir mis le Château en location), ainsi que les terres et l’étang situé au sud du ru. Lui aussi fut chargé d’une fonction ministérielle, sous Mitterrand, en 1981. Il habitait Paris, dans l’île St Louis. Lorsqu’il fut décidé de construire l’autoroute Paris-Chartres, il décida de vendre le manoir et il fit l’acquisition d’une soierie dans le Vercors. La cuisine intérieure du « Manoir » était construite à la manière d’une cabane en bois du Canada. Il vendit la propriété au début des années 70 à un certain M.Millet, conseiller scientifique auprès des ambassades, qui la conserva  jusqu’en 1981.

Le propriétaire actuel fit l’acquisition du Manoir en 1981 et de la Maison Forte en 1999.

3. La troisième partie est une grange aménagée en maison d’habitation, avec une tour. Elle resta dans la famille Caplain pendant quelque temps, puis elle devint la propriété de M. et Mme Delahaye qui, habitant Paris, l’utilisent encore de nos jours comme résidence secondaire.

La propriété fut inscrite à L’inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques en 1972, à l’initiative de Georges Gorse.