Gourville au XVe siècle

La guerre de cent ans se poursuivant, les anglais occupèrent Chartres de 1421 à 1434. Les exploits de Jeanne d’Arc à Orléans, la bataille de Patay (près de Chartres) éloignèrent peu à peu le conflit des vallées beauceronnes.

Le château de Gourville comprenait désormais une partie centrale, (avec une tour et des créneaux, une partie seigneuriale, une chapelle dédiée à St Thibaut protecteur des vignerons), et de nombreuses dépendances.

Le château lui-même était chauffé par de nombreuses cheminées, aujourd’hui classées.  Dans l’épaisseur(2,5 mètres) du mur de la tour principale du château un escalier dérobé permettait de gagner discrètement le sous-sol depuis tous les étages, et de rejoindre un tunnel. Il subsiste l’entrée de ce tunnel, qui a été muré à une époque récente pour des raisons de sécurité.

Les murs d’enceinte avaient une longueur totale d’environ 800 mètres, dont 400 mètres pour la deuxième enceinte qui subsiste encore,  ce qui représente une surface intérieure d’environ 10.000 m2. Cette surface était largement bâtie : logements du personnel, écuries, granges, hangars, étable, porcherie, bergerie, etc…. La partie  sud était protégée par un vaste marécage comportant un plan d’eau avec des sources et la partie nord, par où se faisait l’entrée, par la seconde enceinte de murs crénelés (aujourd’hui disparue) comportant des tours de guet.

Il s’agissait donc manifestement d’une demeure médiévale, aux moyens de défense suffisants pour résister aux « Grandes Compagnies » qui sévissaient en Beauce, aux « chauffeurs » qui faisaient avouer aux beaucerons où ils avaient caché leurs économies en  grillant leurs pieds dans les cheminées. Mais Il ne s’agissait en aucun cas d’un  dispositif militaire : on était loin d’un « château-fort ».. Le château était un refuge pour les habitants du village en cas de danger. En cas de siège, Il permettait de se ravitailler par le  souterrain : selon nos découvertes récentes, le tunnel était orienté, au départ de la cave vers Prunay ( c’est-à-dire vers la seigneurie des Montfort).  Un puits qui existe toujours de nos jours, situé sous la construction,  permettait l’approvisionnement en eau.

Les changeurs de monnaie au XVe siècle

En visitant la Maison Forte aujourd’hui, vous pourrez y voir une table de changeur et sa chayère (ou cathèdre : fauteuil à haut dossier).  Jadis, lorsque des pélerins faisaient escale à Gourville avant de joindre Chartres ou de poursuivre leur route vers Saint Jacques de Compostelle, ils changeaient de région et donc de monnaie (chaque région, voire chaque seigneurie avait sa propre monnaie). Il fallait donc vérifier si les espèces qui étaient proposées par les voyageurs étaient de bon aloi, sonnantes et trébuchantes.

L’aloi était le titre légal des matières d’or et d’argent que contenaient les monnaies : le bon aloi ou le mauvais aloi de l’argent ou de l’or étaient constatées en faisant résonner les pièces sur une surface dure (ardoise). Plus la pièce était pure, plus elle résonnait (le plomb ne résonne pas). Posséder des espèces sonnantes était plutôt rassurant. Tout le monde se souvient de Panurge,  mangeant près d’un rôtisseur en humant les bonnes odeurs du gril,  qui paya le rôtisseur en faisant sonner une pièce sur une grosse pierre.

On pesait également les pièces pour vérifier la quantité de métal et on se servait pour cela d’une petite balance très sensible : le trébuchet. Les pièces trébuchantes étaient alors des monnaies répondant au poids légal.