Gourville au XVIIIe siècle

Plusieurs anecdotes  se rapportant au début du XVIIIe siècle méritent d’être relatées ici.  Certaines d’entre elles proviennent de Madame Pignon, habitante de Prunay et passionnée d’histoire locale.

Tout d’abord, signalons la fin du règne de Louis XIV et le terrible hiver de 1709 qui voit la population du site diminuer de moitié : les malheureux affamés cherchent l’herbe sous la neige et dépècent les cadavres des animaux morts.

Le pavillon Henri IV

 

Plus gaie, l’anecdote relative au  seigneur de Gourville, qui  avait logé sa belle-mère âgée dans la maison à toiture quatre pans située au nord du château, maison que nous appelons aujourd’hui le Pavillon Henri IV, laquelle maison était petite et facile à chauffer.  Le lit de la vieille dame   était placé  près de la cheminée, au rez-de-chaussée. Une nuit où le seigneur et ses serviteurs étaient absents, le feu de la cheminée se propagea à une couverture, et le lit prit feu. La vieille dame, affolée, cria, mais  personne ne répondit. Elle se précipita à l’extérieur : personne. Elle courut dans la rue, où elle vit un homme de Prunay qui surveillait les alentours. Il vint à sa rescousse et éteignit le feu (dont on voit encore les traces sur les poutres du plafond). Cet homme était marié, et il soupçonnait sa femme d’avoir une aventure avec un habitant de Gourville, d’où sa présence dans les rues du village en pleine nuit. Comme quoi l’infidélité – et la jalousie – peuvent parfois rendre des services…

Seul le surnom du seigneur de Gourville de l’époque nous est parvenu : il se faisait appeler Sire de Courcelles, et il avait la réputation de ne prendre un bain que tous les 29 février, soit une fois tous les quatre ans. Qu’il en eût besoin ou pas, disaient les esprits perfides. Quoiqu’il en soit, il décéda à l’âge de 96 ans, ce qui était rare à l’époque et laisse supposer que son hygiène corporelle était suffisante….

A la Révolution., Gourville fut étatisée en sa qualité de bien d’église.  Les terres furent vendues à bas prix ou distribuées aux paysans. Les églises et châteaux étaient souvent démolis pour servir de carrières de pierre. Gourville ne fit pas exception : la chapelle du château fut démolie, et la destruction  du château commença.  Elle s’arrêta lorsque les démolisseurs attaquèrent  les murs  trop épais, mais les moyens de défense situés en hauteur, les échauguettes qui dépassaient, de nombreux éléments décoratifs disparurent. La démolition de l’escalier intérieur à vis fut également interrompue.

Finalement, on estima que cela ferait un très bon corps de ferme, on remit une charpente là où elle avait été abîmée et on la recouvrit de tuiles et d’ardoise : la Maison-Forte de Gourville était née !

L’évéché de Chartres (qui incluait depuis 1778, rappelons-le, l’abbaye de St Père) était propriétaire de 200.000 hectares ( !) de bonne terre  qui furent donnés ou vendus à vil prix (à titre de comparaison, aujourd’hui la totalité de la Beauce représente 325.00O hectares de terres cultivées).