Gourville au XIe siècle

Le changement de propriétaire ne modifiait pas grand-chose à la condition matérielle des paysans  cultivant la terre de Gourville : au lieu de travailler pour le comte, ils travaillaient désormais pour les moines, et les impôts  étaient tout aussi importants. Les paysans, jouissant de « l’usufruit des terres ainsi que des maisons », payaient une redevance bien précise, généralement en nature, au propriétaire. Cependant, au Xe et XIe siècles  la servitude (condition des serfs, véritables esclaves) fut transformée en servage, c’est-à-dire  que le serf ne devait plus à son maître son corps ou son bien, mais une partie seulement de son travail et de ses revenus.

Dans les premiers temps, les moines bénédictins de St Père en Vallée construisirent une demeure monastique et une chapelle au « Muid St Laurent », près des Lieux-dits actuels « La Chapelle » et  « Villiers Landoue », à 1 km  au sud de l’actuel Gourville sur le fertile plateau.  Etait-ce un prieuré  (au moins trois moines dont un prieur) ? L’histoire ne le dit pas, mais le rôle de ces ecclésiastiques était toutefois bien établi : rentabiliser au maximum la terre, faire travailler les paysans, récolter les impôts, trouver des cultures nouvelles. Et accessoirement, mais seulement accessoirement, s’occuper du salut éternel des âmes.

Puisque nous avons parlé du Muid St Laurent, précisons que le muid était une mesure de capacité , laquelle  variait avec le lieu et le temps  : le muid  de blé chartrain faisait alors quinze hectolitres. Le muid était également une mesure de surface : celle que l’on pouvait ensemencer avec le contenu d’un muid. Le muid chartrain faisait 475 ares.

L’abbaye de Saint Père à Chartres.

L’abbaye de saint père en vallée à Chartres

Cette abbaye créée au VIe siècle,  particulièrement puissante,  comptait au XIe siècle :  90 cures, 65 églises, 28 prieurés, répartis sur le territoire chartrain, d’innombrables terres, qu’elle recevait en don. Il y avait avec l’ évêché de Chartres (qui englobait l’évêché de Blois), lui aussi très gros  propriétaire terrien, une émulation qui parfois tournait à l’affrontement : l’histoire nous rapporte que lors d’une de ces relations conflictuelles, «  l’’évèque de Chartres n’a pas hésité à recourir à la force des armes et à souiller de sang le seuil même de l’église de Saint Père »