Gourville au XIXe siècle

Les chapitres consacrés au XIXe et au XXe siècle font largement appel au souvenir des habitants  de Gourville et de Prunay habitant encore ou ayant habité ces localités. Je voudrais ici remercier Madame Pignon, Madame Ameline mère, Monsieur Bourgeois, Monsieur Bonniol, et j’en oublie. Le présent texte pouvant être modifié et complété, j’attends avec impatience les informations complémentaires à y rajouter : habitants de Prunay et de Gourville, à vos plumes !

« Il ne semble pas que la Révolution ait profondément bouleversé la vie du village : Paris est bien loin ! Les changements politiques se devinent aux modifications des formules officielles et à l’emploi du calendrier républicain, mais les problèmes demeurent. Le maire transcrit sur un registre les déclarations de vols et les doléances des filles-mères, ainsi que les litiges divers. A partir de 1810, et jusqu’à la fin de l’empire, il délivre aussi les passeports aux prisonniers autrichiens, prussiens ou russes, pour leur permettre de regagner leur lointaine patrie, et démobilise les soldats des armées napoléoniennes en retraite. La misère est grande, si l’on en  juge par le nombre de mendiants, mutilés, indigents secourus par l’attribution d’une obole de deux à cinq sous ! » Texte de Mme Pignon.

L’une des premières décisions prise par les révolutionnaires fut la création des départements dès 1789, lesquels furent mis en place début 1790 (première tentative de décentralisation après la concentration millénaire voulue par le roi Hugues Capet et ses successeurs). Gourville fut rattaché à Prunay sous Ablis, (devenu « récemment » Prunay en Yvelines, lorsque Prunay fusionna avec Craches), dans le département de la Seine et Oise (aujourd’hui les Yvelines). Depuis la Révolution, Gourville se trouve donc en île de France et non plus chez les Carnutes.

Nous savons que, suite à la défaite de Waterloo,  les environs de Prunay, donc Gourville, furent occupés entre 1815 et 1818, par les troupes Prussiennes.

La première moitié du XIXe siècle fut marquée par une recrudescence des incendies en Beauce notés dans les annales préfectorales (bizarrerie : il s’agit des annales de Chartres, alors que Gourville est désormais en Ile de France) qui citent entre autres  Gourville parmi les nombreux lieux victimes de ces incendies. Les raisons étaient liées aux toitures de chaume (les revêtements en tuile ou ardoises étaient deux fois plus onéreux sans compter la nécessité d’ une charpente plus solide), et à la mode nouvelle du tabac : de nombreux paysans se mirent à fumer la pipe, sans doute en raison de l’invention des allumettes  en 1831 : auparavant il fallait « battre le briquet », ce qui n’était pas une mince affaire. L’incendie le plus spectaculaire s’est produit à Louville-la-chénard (au sud de Gourville) où plus de la moitié du village a brûlé en raison de l’imprudence d’un ouvrier agricole qui fumait dans une grange à foin. A la suite de ces sinistres, les mares de la commune de Prunay furent aménagées en « réserves d’eau » et la commune fit l’acquisition d’une pompe à incendie par souscription publique (783 Francs) en 1851.

La stèle de la famille Noguette au cimetière de Prunay

Une page d’histoire en 1870

Monsieur Noguette, qui habitait dans la Maison Forte de Gourville et qui a laissé son nom à  la rue principale,  fut longtemps maire de Prunay au milieu du siècle. Il est resté dans les mémoires pour avoir donné à la commune un terrain lui appartenant, afin d’y permettre l’installation d’un cimetière, et il fut le premier habitant de la commune à y être enterré (le cimetière entourait précédemment l’église, conformément à la coutume). Il est également cité dans les évènements dramatiques de 1870 : dès le 21 septembre 1870, Rambouillet est occupé par les Prussiens. Au cours d’un déplacement vers le sud, un petit détachement prussien essuie quelques coups de feu au Bois des Faures (commune de Prunay). Le maire d’Ablis, M. Marcille, est accusé à tort : il fait partie des otages qui sont emmenés et promis à la fusillade. Ce n’est qu’après de longues discussions menées par M. Noguette avec le commandement prussien que le maire d’Ablis et les otages sont libérés (M. Noguette avait expliqué aux prussiens que s’ils avaient vu M. Marcille dans les environs du bois des Faures, c’était parce que le maire d’Ablis y possédait une ferme). Nous disposons d’un document fort intéressant, reçu de M. Bonniol,  arrière petit-fils de M. Noguette, qui relate cet épisode.  M. Noguette a également laissé à la postérité le souvenir d’un homme généreux qui donnait des pièces d’or aux enfants de l’école de Gourville.

L’école de Gourville était au 11 rue Noguette

Car Il y avait  une école à Gourville, dont on voit les traces au 11 rue Noguette.  Sans doute suite à la loi Guizot (1834) qui obligeait chaque commune, voire chaque hameau, à avoir une école. Madame Pignon relate ce qui s’est passé à l’école de Prunay, et qui peut tout aussi bien s’appliquer à celle de Gourville : « …l’inspecteur se fâche, car il n’y a pas, dans la salle de classe, de barrière pour séparer garçons et filles, et les « cabinets d’aisance » n’ont pas été prévus ! L’école est payante ( 1,50 Franc par mois pour tout enfant apprenant à lire et à compter) sauf pour les indigents. Le maître d’école touche 200 Francs par an de la commune, bien moins que le garde-champêtre (450 F) , mais il est logé. » A la fin du XIXe siècle, l’école devint gratuite – et obligatoire- , puis elle fut définitivement fermée à Gourville en 1962.