Gourville au XIVe siècle

« Ce qui forme la base de la société féodale, c’est la terre, et quiconque la possède, prêtre, ou gentilhomme, ou vilain, est dépositaire d’une partie de la puissance temporelle. La condition d’un individu se détermine moins  par l’éducation, le mérite, la naissance même, que par la propriété. »

La guerre de cent ans

Cette phrase extraite d’un capitulaire de l’époque explique  pour quelles raisons les abbés de St Père, l’évêque de Chartres, et le Comte détenteur du pouvoir civil, se livraient au milieu du XIVe siècle à de sourdes manœuvres pour s’emparer d’un maximum de terres, parfois l’un au détriment de l’autre. Les possessions de l’abbaye,  particulièrement importantes, suscitaient de nombreuses convoitises, au sein même de l’Eglise. A tel point que les abbés se sentaient parfois menacés. Par ailleurs Chartres n’était plus tout-à-fait une ville sûre,  le Comte ayant fait alliance avec les Bourguignons, attachés à la cause anglaise : c’était la guerre de Cent Ans. Philippe de Navarre, allié aux Anglais et aux Bourguignons, avait poussé des pointes jusqu’à Charres en 1359, et Le traité de Brétigny fut signé en 1360, à 6 km de Chartres. Accessoirement,  la peste sévissait également dans la ville (cf la Grande peste de 1349).

Toutes ces raisons poussèrent les abbés à faire construire une demeure fortifiée à l’écart de la ville. Les historiens disent qu’une autorisation de construire dans l’enceinte de la ville  leur ayant été refusée, ils se replièrent sur Gourville, où les attendaient un cadre bucolique et des vignobles produisant un excellent vin.

En réalité, le choix de Gourville s’explique par la proximité des seigneuries antagonistes  (Montfort dont les terres étaient à moins d’un kilomètre, puis le domaine royal), qui permettait à l’occupant d’une demeure fortifiée sise à cet endroit de s’esquiver  rapidement en cas de besoin. En tout cas, il fallait de bien sérieuses raisons pour  construire dans un lieu situé très  à l’écart de  Chartres (deux à trois heures de carrosse) une demeure avec des murs aussi épais : selon nos estimations, l’ensemble de la construction, avec les bâtiments annexes et les murs d’enceinte, nécessita 6000 m3, soit 18000 tonnes de pierres ! A titre de comparaison, le tour Eiffel pèse 7000 tonnes.

Les archives ne disent  pas combien d’abbés s’occupèrent de la construction du lieu (les abbés de l’époque : Guillaume II Desjardins décédé en 1389,, Etienne II le Baillif, décédé en 1416, Pierre II Chouary mort en 1429). Nous savons qu’elle fut achevée au début du XVe siècle.