Gourville au XIIe siècle

Voulant augmenter la production de leurs terres de Gourville, les moines firent défricher des versants boisés afin d’y olanter de la vigne. A la fin du siècle, la vigne produisait 45 hectolitres par hectare, ce qui est proche des rendements actuels en bordelais. Il est vrai que le travail de la vigne, très manuel n’a guère changé au fil du temps.

L’importance du volume de production laisse penser que de grandes surfaces de vignes ont été plantées à Gourville (un historien cite une production annuelle de 12000 hectolitres, qui représente donc une surface d’environ 270 hectares, ce qui est considérable !). L’une des rues principales de Gourville porte encore aujourd’hui le nom de « rue des vignes » .

Il s’agissait d’un vin blanc, qui acquit une grande réputation et devint le compagnon incontournable des repas et réceptions de la haute société chartraine. Cette réputation dura plusieurs siècles : ainsi le cartulaire de l’abbaye stipule que dans la pension faite en 1295 à l’ex-abbé Barthélemy, « il lui est assigné 6 dolia de vin sur les vignes de Gourville ». Le dolium contenait environ 200 litres, mais cette contenance n’était pas constante, et elle pouvait varier au gré des circonstances….Le vin se buvait coupé d’eau.

Note sur le vin

Le vin était produit un peu partout, près des lieux de consommation, car il se transportait mal, et avec le développement de la population de l’Ile de France, celle-ci devait devenir au fil des siècles la première région viticole de France. Cette situation se modifia lorsque les hollandais mirent au point la méthode de nettoyage par soufrage (brûler du soufre dans le tonneau) des barriques, permettant ainsi d’éliminer les moisissures du bois qui donnaient un mauvais goût au vin. A partir de là, on put transporter le vin en tonneaux sur les voies d’eau. Ensuite, au XIXe siècle, le développement du chemin de fer permit ce transport beaucoup plus rapidement, et les habitudes ayant changé (on buvait désormais le vin pur), on préféra un bon vin de Bordeaux à une piquette parisienne. Enfin, le phylloxera ayant détruit les vignes françaises à la fin du XIXe, on ne fit pas – en île de France – les coûteux investissements de replantation des bons ceps en provenance de Californie. Mais il y a aujourd’hui encore quelques minuscules vignes symboliques en région parisienne (le vin de Montmartre, par exemple). Le vin de Gourville fut donc produit du XIe au XIXe siècle.

A déguster !

Les moines de Gourville avaient mis au point une recette originale : le vin de roses.

Voici la recette :

Le vin de roses de Gourville

Pour une bouteille de 75 cl :

- Faites sécher environ 100g de pétales de roses. Choisissez vos roses afin qu’elles soient bien odorantes.
- Broyez-les et faites les macérer dans un peu de vin blanc pendant un jour et une nuit.
- Filtrez et complétez avec du vin blanc afin d’obtenir la contenance de 75 cl.

L’idéal serait d’utiliser du vin blanc de Gourville, mais comme la production a cessé voici 150 ans, tout bon vin blanc fera l’affaire.